« Écrire, c’est se cacher derrière les mots tout en se mettant à nu ». Cette citation de Claudine Paquet a longtemps, assez justement, résumé ma démarche d’écriture, vécue comme une plongée dans un ben demaré, un bain régénérant qui extrait de soi les doutes, les ratés et les maux pour laisser place aux espoirs, aux possibles, aux projets individuels et collectifs.
Un autre emploi de l’écriture commun à nous tou-tes vise en la transmission. Écrire dans les habits d’un-e passeur-se d’informations, de données tangibles ou intangibles, utiles à une continuité domestique, professionnelle… Écrire pour conserver un lien dans l’accomplissement de tâches, écrire pour maintenir ou améliorer une organisation.
Écrire peut également viser un autre objectif : celui de formaliser l’invisible, de matérialiser un questionnement, de nommer le fruit d’une recherche, d’une quête, d’affirmer et d’assumer publiquement un engagement dans un processus de changement(s). Dans cette acception, pour paraphraser Christian Bobin, « écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir. », c’est ce que j’expériencie en ma qualité de doctorante.

Cette porte, dis-je, le portail de cette muraille, je l’ai entrouvert fin 2024, après des semaines d’introspection, de doutes chevillés au corps, de dialogues avec un syndrome de l’imposteur devenu (trop) intime… Avec un peu de recul, je suis heureuse de m’être faite face pour l’entrebâiller et me glisser dans son encadrement avec mon premier article scientifique.
En me lisant, vous pourriez penser… Elle force le trait. Ce n’est qu’un article scientifique. Pas un tome encyclopédique, encore moins un livre, ou une thèse ! Ce n’est qu’un texte, un texte comme tous les autres. Nous sommes loin d’un challenge qui vaudrait d’être verbalisé… et encore moins publiquement… Si telle est votre pensée, je vous invite à vous intéresser aux doctorant-es que vous auriez dans votre entourage. Nous, apprenti-chercheur-ses souvent discret-es, voire invisibles, avons en partage ces émotions difficilement verbalisables à des personnes qui n’ont pas expérimenté ce processus de création singulier qu’est l’écriture scientifique, inextricable de la démarche dans laquelle nous nous sommes engagé-es. Le premier article, le premier chapitre, la première transcription, la première analyse… représentent un dépassement continu, une montée en compétences tues, incomprises, inconscientes, invisibles ou invisibilisées, menés à desseins collectifs. Durant 3, 4, 5, 6 années, voire plus, nous nous tenons en lévitation dans une bulle temporelle, hors du temps commun. Confiné-es en ermites réflexifs dans nos propres foyers, nous évoluons dans un funnel de questionnements, de prospections, de fouilles, d’échanges, de modélisations, d’expérimentations… conduisant à un manuscrit qui porte nos hypothèses, nos espoirs d’élucidation de problématiques prégnantes, d’apport de pistes en vue de leur résolution, ou de pérennisation, voire de fructification de tout ou partie d’un capital social, culturel, environnemental, économique… : la thèse.
Alors non. Partager ces quelques lignes n’est ni exagéré, ni inutile. Cet article vient célébrer, comme des petites victoires, des passages en attendant le Graal. Celui de la page blanche à l’article écrit et publié ; celui d’une transition psychologique personnelle partant du « Waouh ! en suis-je capable ? » à « Super ! je l’ai fait. » ; celui de l’explicitation du « pourquoi » et du « quoi » nébuleux attribués aux chercheur-ses : pourquoi il ou elle se triture les méninges au lieu d’exercer un vrai métier ? À quoi et à qui ça servira ?…
Le portail de ma muraille de l’écriture, entrouvert en 2024, j’en franchis depuis le pas, pas-à-pas. En ce début d’année 2026, j’ai enfin trouvé le courage de partager avec vous le premier article né de ce processus extraordinaire. Il a pour titre « D’une éducation tempétueuse d’adultes français… une pensée transcoloniale de l’andragogie ». Il n’est peut-être pas parfait, mais à mes yeux, il vaut tant… Il est et demeurera mon premier medium d’expression écrite publique, d’un engagement dans une recherche d’élucidation de problématiques éducationnelles qui ont impacté et impactent encore des générations de martiniquais-es. Il est ma première création scientifique officielle. Il est une balise inédite dans une trajectoire imprévisible. Voilà. Aujourd’hui, je nous livre à vous (mon article et moi), prête à accueillir vos retours, vos commentaires et vos propositions quant au sujet développé, aux problématiques soulevées et aux hypothèses posées.
✨Je ne saurais terminer cette publication sans adresser mes sincères remerciements aux personnes décisionnaires de l’Université de Lomé qui m’ont fait l’honneur de publier mon premier article aux côtés de chercheur-ses aîné-es pour qui j’ai le plus grand respect et que j’ai pu côtoyer à l’occasion du Festival International d’Histoire d’Aneho (FIHA), au Togo, édition 2023.
✨Merci aux membres de la Fondation Aquereburu & Partners sans qui cette rencontre Martinique-Togo n’aurait pu avoir lieu.
✨Merci aux étudiant-es des universités de Kara et de Lomé présent-es lors de ma communication pour l’accueil chaleureux manifesté à ma thématique de recherche.
✨Merci aux membres de mon encadrement de thèse pour leur disponibilité et leur soutien dans cette phase gestationnelle d’écriture.
✨Merci à mon entourage scientifique et aux enseignant-es chercheur-ses qui s’investissent dans l’accompagnement de poussins chercheurs comme moi jusqu’à notre éclosion.
✨✨Et bien sûr, merci à ma fille, à ma tendre moitié et à mes proches pour leur patience, leur compréhension, leur acception des absences et des délaissements idoines à la vie de doctorant-e.
⭐️ Un dernier mot en direction de mes pair-es doctorant-es : Tjenbé red ! La muraille est impressionnante, mais tant d’autres en ont poussé le portail avant nous… Nu pé fè’y. Nu ké fè’y (nous pouvons le faire. Nous y parviendrons.), pour le bien commun, pour nos épanouissements. Je vous propose un mantra que nous pourrons nous répéter jusqu’à la pleine ouverture de ce portail redevenu porte :
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